La Picardie est une terre de contrastes et de caractère, souvent discrète, mais profondément marquante dès que l’on prend le temps de la parcourir. Entre vastes champs verdoyants, vallées paisibles et villes chargées d’histoire, la région dévoile ses trésors sans jamais les imposer. Ici, les cathédrales gothiques rivalisent de majesté, les villages de pierre racontent un passé rural encore bien vivant, et les paysages ouverts invitent à ralentir le rythme. Chaque étape révèle une facette différente de l’âme picarde, façonnée par les siècles, les batailles, le travail de la terre et une culture profondément ancrée. Dans cet itinéraire, nous vous proposons une immersion au cœur de la Picardie, loin des clichés, à la rencontre de son patrimoine, de ses paysages et de cette authenticité qui se découvre à mesure que l’on s’éloigne des grands axes pour suivre les routes secondaires et les chemins de traverse.
Au programme de cet itinéraire en Picardie
Picardie : la carte pour se repérer
Picardie : les lieux à visiter
Le Crotoy
Pour débuter cet itinéraire, nous prenons naturellement la direction du littoral picard, attirés par les grands espaces et la lumière si particulière de la Baie de Somme. Première escale dans la Réserve Naturelle Nationale : Le Crotoy. Nous nous dirigeons vers la plage du Marais, située au nord du centre-ville et s’étirant jusqu’à Saint-Quentin-en-Tourmont. Ici, le décor change radicalement. Cette portion de la baie est l’une des plus sauvages et des mieux préservées, loin de toute urbanisation. Nous arrivons à marée basse, accueillis par le ballet incessant de centaines de mouettes qui virevoltent au-dessus de nos têtes. Attirées par les mollusques, les petits poissons et les crabes laissés à découvert sur le sable encore tiède, elles emplissent l’air de leurs cris, donnant au lieu une ambiance presque primitive. La plage se prête merveilleusement bien aux longues balades, pieds nus, face à un horizon immense, dans un silence seulement troublé par le vent et les oiseaux. Ici, pas question de baignade : l’absence de fond, les courants parfois puissants, les variations rapides du niveau de la mer et la présence de vase à marée basse rendent l’eau peu accueillante, voire dangereuse. Le Crotoy ne se vit pas comme une station balnéaire classique, mais comme un espace de contemplation et de connexion avec la nature. Un lieu où l’on vient surtout pour marcher, observer, respirer et ressentir pleinement la force tranquille de la Baie de Somme.
Saint-Valery-sur-Somme
Saint-Valery-sur-Somme incarne à merveille l’âme de la Baie de Somme et s’impose comme l’une de ses étapes les plus emblématiques. Dès notre arrivée, le charme opère naturellement. Intégrée au Parc naturel régional de la Baie de Somme Picardie Maritime, créé à l’initiative de la région Hauts-de-France, la ville offre un équilibre rare entre patrimoine, nature et douceur de vivre. Les nombreuses façades en pierre, souvent rehaussées de volets colorés, donnent au centre ancien une élégance discrète, tandis que les ruelles pavées invitent à la flânerie et renforcent cette impression de sérénité propre aux lieux façonnés par le temps. Ici, la baie fait partie intégrante du paysage urbain : l’air marin est omniprésent, et une agréable promenade arborée longe l’eau, offrant de superbes points de vue sur les vasières et les reflets changeants du ciel. Nous aimons nous y installer face à la baie, le temps d’une boisson fraîche ou d’un en-cas, simplement pour observer le va-et-vient des marées et la vie qui s’organise autour de l’estuaire. Quelques visiteurs tentent parfois de s’aventurer dans l’eau, mais la vase, caractéristique de la baie, rappelle vite que l’on est ici dans un milieu naturel vivant et fragile. La pierre rouge, très présente, ancre Saint-Valery dans l’identité du nord de la France et renforce son caractère. Point de départ de nombreuses randonnées et traversées guidées de la baie, la ville concentre une grande partie du tourisme picard, et ce n’est pas un hasard. Entre terre et mer, faune et flore, Saint-Valery-sur-Somme offre bien plus qu’une simple halte : c’est une immersion à part entière dans l’univers unique de la Baie de Somme, une étape marquante qui laisse une empreinte durable dans les souvenirs.
Gerberoy
Direction Gerberoy, l’un de ces villages que l’on découvre presque comme un secret, pourtant classé parmi Les Plus Beaux Villages de France. Dès l’arrivée, le charme opère instantanément. Les maisons mêlent avec une grande élégance le torchis à colombages, décliné en teintes douces, et les hourdis de briques rouges qui rappellent l’identité architecturale de la région. Le tout compose un ensemble parfaitement harmonieux, où rien ne semble laissé au hasard. La végétation y est omniprésente et luxuriante : les façades disparaissent parfois sous les fleurs, offrant un véritable décor de carte postale. Glycines, hortensias, clématites, marguerites et roses trémières éclatent de couleurs et transforment chaque ruelle en jardin à ciel ouvert. En plein été, le village reste étonnamment paisible, loin de l’affluence que l’on pourrait attendre pour un site aussi réputé, ce qui permet de savourer pleinement la balade et de s’imprégner de l’atmosphère des lieux. La rose, fleur emblématique de Gerberoy, occupe une place toute particulière dans l’identité du village. Une fête lui est d’ailleurs consacrée chaque année depuis plus de 90 ans, perpétuant une tradition florale profondément ancrée. Flâner à Gerberoy, c’est prendre le temps d’observer, de sentir et de contempler, dans un décor délicat et préservé qui en fait, sans doute, l’un des villages les plus charmants de la région.
Amiens
Amiens se prête parfaitement à une découverte à pied, le temps d’une journée bien remplie, tant son centre est compact et riche en incontournables. Nous commençons naturellement la visite par la cathédrale Notre-Dame, véritable chef-d’œuvre du gothique et l’une des plus vastes d’Europe. Dès l’approche, sa façade monumentale impressionne par l’équilibre de ses volumes et la finesse de ses sculptures. En prenant le temps d’en faire le tour puis d’entrer, on mesure pleinement la démesure de l’édifice, la hauteur de la nef, la luminosité intérieure et la richesse des détails. La cathédrale n’est pas seulement un monument à voir, c’est un lieu à ressentir, qui donne immédiatement le ton de la visite. Depuis le parvis, nous nous enfonçons dans les rues du centre historique, où les façades anciennes alternent avec des bâtiments plus contemporains, témoins des reconstructions successives. Les ruelles commerçantes sont animées sans être étouffantes et invitent à la flânerie. En chemin, nous passons par le quartier Saint-Leu, l’un des plus agréables de la ville. Traversé par la Somme et ses canaux, il séduit par ses maisons colorées, ses ponts, ses terrasses et son ambiance presque villageoise. C’est l’endroit idéal pour une pause en milieu de matinée, un café au bord de l’eau, en observant la vie amiénoise défiler tranquillement. Nous poursuivons ensuite vers le beffroi d’Amiens, autre symbole fort de la ville et classé au patrimoine mondial. Un peu plus loin, les halles et le marché couvert rappellent l’importance de la gastronomie et des produits locaux dans la vie quotidienne. Même hors des jours de marché, le secteur reste vivant et mérite le détour pour sentir battre le cœur de la ville. En levant les yeux, on remarque aussi de nombreux hôtels particuliers et bâtiments du XIXe siècle, qui racontent la prospérité passée d’Amiens. À l’heure du déjeuner, le centre offre de nombreuses possibilités, mais le quartier Saint-Leu reste l’un des meilleurs choix pour s’attabler au bord de l’eau. Après cette pause, nous reprenons la marche en direction des hortillonnages, situés à quelques minutes à pied du centre. Le contraste est saisissant. Après l’animation urbaine, nous entrons dans un monde à part, composé de jardins flottants, de canaux étroits et de parcelles cultivées depuis des siècles. Les hortillonnages, héritage unique en France, se découvrent à pied le long des chemins aménagés ou en barque, pour une immersion encore plus complète. Le silence, la végétation et l’eau omniprésente offrent une parenthèse hors du temps, presque irréelle à deux pas de la ville. En fin d’après-midi, nous revenons doucement vers le centre en longeant la Somme. Cette promenade permet de poser un autre regard sur Amiens, plus verte, plus apaisée. La journée peut se conclure par une dernière balade autour de la cathédrale, dont la façade prend une tout autre dimension à la lumière de fin de journée, ou par un détour dans les rues commerçantes pour un dernier moment de flânerie. Amiens surprend par son équilibre entre patrimoine monumental, quartiers vivants et espaces naturels. Le temps d’une journée à pied, la ville dévoile une richesse insoupçonnée et une douceur de vivre qui donnent envie de prolonger le séjour. C’est une ville à taille humaine, idéale pour celles et ceux qui aiment découvrir sans se presser, en laissant les lieux raconter leur histoire au fil des pas.
Belvédère de Frise
Nous prenons maintenant la route vers l’ouest, en direction de la commune de Frise, pour découvrir l’un des sites les plus surprenants de la Haute Somme. Ici se dresse la Montagne de Frise, un relief inattendu dans un paysage que l’on imagine souvent plat, et qui offre un belvédère spectaculaire sur les étangs de la Somme. Depuis les hauteurs, le regard embrasse un dédale de petits îlots sauvages, disséminés à perte de vue, véritables refuges pour la faune et la flore locales. La randonnée est accessible, avec un dénivelé modéré, ce qui permet de profiter pleinement du chemin sans difficulté particulière. Une fois au sommet, la vue est saisissante et procure une vraie sensation d’isolement. L’ambiance y est résolument sauvage, renforcée par les herbes laissées en jachère, les libellules qui passent de brindille en brindille et le silence presque absolu, seulement troublé par les sons de la nature. On se sent minuscule face à ce paysage préservé, comme si l’homme n’y était qu’un simple passage. Mais la Montagne de Frise porte aussi une mémoire lourde et profondément marquante. Son relief accidenté n’est pas uniquement le fruit de la nature : les cratères d’obus, les traces de tranchées et les cicatrices encore visibles rappellent que ces lieux furent le théâtre de la Bataille de la Somme, l’un des épisodes les plus meurtriers de la Première Guerre mondiale. Cette superposition entre beauté naturelle et mémoire historique donne au site une atmosphère très particulière, presque irréelle. Nous prenons le temps de nous arrêter, d’observer et de nous imprégner de ce décor chargé de sens. Une randonnée d’environ une heure, incontournable pour celles et ceux qui aiment les espaces naturels préservés, les panoramas saisissants et les lieux où le paysage raconte bien plus qu’il ne montre.
Saint-Quentin
C’est un dimanche que nous découvrons Saint-Quentin, et le contraste est saisissant : la ville semble entièrement assoupie. Les rues sont calmes, presque désertes, les commerces fermés, et l’animation habituelle paraît mise entre parenthèses. Nous trouvons tout de même refuge dans un restaurant pour boire un café, faute de croiser un petit bistrot de quartier ouvert. Dans cette atmosphère dominicale un peu figée, Saint-Quentin ne se révèle pas immédiatement comme une ville vibrante ou chaleureuse, et l’impression générale reste assez neutre. Pourtant, en prenant le temps d’observer, la ville dévoile un autre visage, bien plus intéressant sur le plan architectural. Le centre-ville est une véritable fresque à ciel ouvert, où se mêlent avec étonnante cohérence les influences gothiques, les lignes élégantes de l’Art déco et des constructions plus récentes issues des reconstructions d’après-guerre. Cette diversité raconte à elle seule les différentes strates de l’histoire de la ville. La façade de l’Hôtel de Ville, sur la place qui porte son nom, en est l’un des exemples les plus marquants : imposante, richement décorée, elle témoigne de l’importance de Saint-Quentin à l’époque médiévale tout en s’inscrivant dans un paysage urbain profondément remanié au fil des siècles. Même silencieuse, la ville invite finalement à lever les yeux et à lire son histoire dans la pierre, offrant une visite davantage tournée vers l’observation et la compréhension que vers l’animation.
Parfondeval
Parfondeval marque la dernière étape de cet itinéraire en Picardie, et c’est une conclusion tout en douceur. Nous arrivons dans ce village classé parmi Les Plus Beaux Villages de France alors que le jour commence déjà à décliner, baigné par une lumière dorée qui met parfaitement en valeur le décor. Il ne faut que quelques minutes pour être séduit par le charme simple et sincère du lieu. Ici, la campagne picarde s’exprime pleinement, entre bosquets champêtres, fermes disséminées et alignements de maisons anciennes en briques rouges coiffées de toits d’ardoise grise. Le village se découvre rapidement, à pied, sans effort, mais chaque détour mérite que l’on s’attarde. Nous passons devant un ancien moulin à eau, témoignage discret de la vie rurale d’autrefois, puis devant l’église fortifiée, remarquablement conservée, qui rappelle que ces paysages paisibles ont aussi connu des temps plus tourmentés. Parfondeval n’a rien de spectaculaire, et c’est précisément ce qui fait sa force : une atmosphère calme, authentique, presque hors du temps. La balade se termine simplement, autour d’une pinte de bière fraîche dégustée en terrasse, face aux champs qui s’étendent à perte de vue. Alors que la lumière baisse et que le silence s’installe peu à peu, la campagne picarde offre un dernier instant de quiétude. Une fin d’itinéraire parfaite, humble et apaisante, qui résume à elle seule l’esprit de cette Picardie discrète, mais profondément attachante.
En parcourant la Picardie, nous avons peu à peu plongé au cœur d’une région souvent discrète, mais d’une richesse insoupçonnée. Entre villes chargées d’histoire, cathédrales majestueuses, paysages de marais, vallées paisibles et villages pleins de charme, chaque étape a révélé une facette différente de ce territoire du nord de la France. Tantôt urbain, tantôt bucolique, parfois marqué par la mémoire, parfois simplement apaisant, cet itinéraire nous a rappelé que la Picardie se découvre surtout en prenant le temps. Nous espérons que ce voyage vous donnera, à votre tour, l’envie de sortir des grands axes, de suivre les routes secondaires et d’explorer cette région aux mille visages, où les paysages et l’histoire se répondent avec une authenticité rare.







