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temps de lecture : 10 mn

Chapitre 10

Dalhousie

0 La partie la moins difficile

22 janvier 2020

DALHOUSIE

Il est 1h du matin quand le réveil sonne. Avec une nette impression de ne pas avoir assez dormi. Le pic d’Adam est l’objectif du jour, il est donc l’heure de se lever et de nous préparer. 2h, nous prenons la route. Le sommet culmine à 2243 mètres d’altitude et pas loin de 5200 marches nous attendent. On ne soupçonne pas encore la difficulté de l’exercice. La montée est divisée en 3 grosses sections. La première, du départ jusqu’à un temple, est assez simple à pratiquer. Les paliers sont plutôt plats, alternés par quelques marches, et le dénivelé n’est pas très important. On passe le temple, où un bonze nous donne sa bénédiction pour l’effort à venir. Il nous accroche un bracelet blanc au poignet. Nous faisons un don de 1000 roupies (5 € pour nous deux), comme c’est le cas de la majorité des courageux du jour. Jusque-là tout va bien et on se gargarise même de la facilité de la montée. C’était parler trop vite… la deuxième section est selon nous la plus difficile. Le dénivelé augmente clairement et les marches se rétrécissent, en plus d’être de taille inégale. On en a clairement bavé, n’ayons pas peur des mots ! Déjà que nous étions en sueur, dans cette deuxième partie c’est vraiment notre mental qui a joué. Imagine-toi dans un escalier géant dont tu ne vois pas la fin. La seule chose que tu as en tête : grimper coûte que coûte pour atteindre le sommet. A la sortie de ce deuxième tronçon, nous avions déjà fait 2/3 du parcours. La température descend encore. Le vent se lève. La brume envahit le paysage. Nous sortons nos doudounes pour nous protéger du froid. Le temple est en vue. Mais il reste encore des centaines et des centaines de marches à monter. Nous profitons d’un filet d’eau sortant d’un tuyau semblant propre pour refaire le plein de nos gourdes filtrantes. Pas le temps de refroidir, nous reprenons la montée. Nos abducteurs tirent. Nos chevilles chauffent. Nos mollets crient. Nos corps en prennent un coup, n’étant pas de grands sportifs, encore moins des habitués des treks en montage. L’altitude par contre ne nous joue pas de tour. Pas de nausée ni de mal des montagnes. Nous continuons à monter, marche après marche. La difficulté physique devient machinale, nous ne réfléchissons même plus. C’est mental. Tout se joue là-haut. Il ne faut rien lâcher, on ne veut pas lâcher. Après 1h50 d’effort, nous passons le dernier estanco. 10 minutes, il reste 10 minutes d’effort avant d’atteindre le sommet. Les derniers 200 mètres. Certainement les plus durs aussi. Le chemin se rétrécit encore, le dénivelé ne s’adoucit pas. Nous nous tenons aux barres de sécurité. Nos mollets sont en feu. L’arrivée est là à quelques marches de nous. Cette fois, ça y est ! Nous passons le portique du temple juché au sommet du pic d’Adam. Nous l’avons fait ! Nous avons gravi les 5200 marches et avalé 2243 mètres de montagne. Nous sommes fiers de nous. La preuve que notre physique est pas mal, notre mental redoutable. Nous arrivons sur les coups de 4h du matin. Le soleil ne se lève qu’à 6h20 aujourd’hui. Il nous faut donc patienter et récupérer. Énormément de sri lankais ont passé la nuit au sommet, dans le froid. Emmitouflés sous de simples couvertures, ils bravent le vent et attendent que le jour se lève. Il fait vraiment froid là-haut. Notre doudoune parvient à peine à nous réchauffer par-dessus notre tee-shirt trempé de sueur. Pour tuer un peu le temps, nous faisons un rapide tour du temple en chaussettes, chaussures à la main. Énormément de pèlerins sont montés prier. On sent beaucoup de ferveur. Certains portent leurs bébés sur leurs épaules. Certaines personnes sont très âgées. Des centaines de personnes sont réunies ici, au sommet, sous un ciel couvert et indéniablement venteux. Au centre de la montagne, on trouve une empreinte de pas. Les religions y associent différentes significations. Pour les bouddhistes, il s’agirait de l’empreinte de Bouddha. Une stèle dorée représentant son pied est érigée dans un temple surveillé par un bonze, et dans lequel aucune photo n’est autorisée. Le sommet a tout d’un sanctuaire et la spiritualité est le maître mot. Chacun est venu y chercher quelque chose. Une cloche se laisse marteler par les passants, comme pour marquer son passage sur le pic d’Adam. Après tant d’efforts physiques, Julien se laisse prendre au jeu et fait retentir vigoureusement la grosse cloche. Suivi de Nicolas qui la fait retentir de manière plus discrète. Tout est une question d’intensité dans l’exécution du geste ! Nous prenons maintenant place sur une sorte d’escalier, comme si nous n’avions pas avalé assez de marches. Il est 5h20, encore une heure à attendre. Le froid nous saisit et le vent se fait toujours plus fort. Une poignée de minutes plus tard, un gardien demande à ce que tout le monde se mette debout et se serre. La chaleur humaine agit comme un radiateur d’appoint. Nous sommes en poste, prêts à observer le jour se lever. Le ciel est archi chargé. La brume envahit tout. Aux alentours de 6h, le ciel passe du noir profond au bleu électrique. La joie se fait sentir dans l’audience. Tout le monde a le regard tourné à l’est. Le bleu s’éclaircit, laissant apparaître un joli clair de lune. 6h24, les premières lueurs du jour apparaissent. Nous sommes au-dessus des nuages, nous ne voyons strictement rien. Pas plus le soleil, confortablement caché sous d’épais nuages gris. Nous amorçons avec une certaine frustration la descente, au milieu d’une foule compacte qui se presse de repartir en raison de la tempête qui menace. Le vent s’engouffre dans le corridor principal. Nous accélérons un peu le pas pour redescendre en altitude. Enfin, l’accalmie revient. Nous laissons la foule et la houle derrière nous. Le paysage s’éclaircit, les monts apparaissent. A leurs pieds, d’immenses lacs. Le panorama est à couper le souffle. On imagine que ce doit être la carte postale parfaite les jours de plein soleil. Nous immortalisons les paysages. De chaque côté des escaliers, la beauté insolente de la nature enfin révélée par le jour nous interpelle. La végétation est luxuriante. Les forêts s’étendent à perte de vue. On devine les plantations de thé. De nombreuses espèces d’oiseaux semblent accompagner nos efforts. Des centaines de papillons aussi. Plus bas ce sont des singes sauvages qui viennent à notre rencontre. Continuellement, ce sont les sourires des sri lankais qui rythment nos pas. Nous avalons les marches. Fort heureusement, le chemin est bétonné presque entièrement. Mais nos mollets tiraillent. Nos articulations chauffent. Nous ne sentons même plus le poids de nos corps. Alors que nous n’en sommes qu’au tiers, nous réalisons l’exploit physique que nous venons d’accomplir. Et plus la descente se déroule, plus nous prenons conscience que nous avons arpenté tant bien que mal chacune de ces marches un peu plus tôt dans la journée. La descente semble interminable. 2000 marches, 3000 marches, 4000 marches, l’effort est vraiment intense. Nicolas fait une moue déconfite, Julien n’en mène pas large non plus. Nous poursuivons l’effort. Encore 1200 marches à franchir. Nous ne pensons qu’à une chose : la douche chaude qui nous attend en rentrant. 500 marches, 200 marches, 50 marches, nous retrouvons enfin le plat. 1h45 de descente contre 2h pour la montée. Il est 8h15 quand nous terminons cet effort physique intense. Un dernier bonze nous donne sa bénédiction et nous accroche un bracelet symbolique. Nous n’avons plus beaucoup de roupies sur nous pour faire une donation mais le cœur y est. La victoire est belle ! Nous nous posons enfin, nos estomacs réclamant le petit déjeuner. Ce moment sera l’occasion de mesurer ce qui vient de se passer. Les sportifs du matin rentrent les uns derrière les autres, tous avec la même mine déconfite. Définitivement, le pic d’Adam se mérite ! Finalement, il vaut mieux ne pas savoir à quoi s’attendre en arrivant à ses pieds. Si c’était à refaire, pas sûr qu’on signerait à nouveau ! Il est à présent temps de rentrer prendre cette fameuse douche bien méritée. Nous décidons même de prolonger notre séjour d’une nuit et de consacrer la journée au repos. Nous avons encore un marathon à tenir devant nous. Nous ménageons nos corps et nos esprits. La chambre est confortable, le coin calme et sympa, la douche chaude, nos hôtes adorables. Nous restons donc à Dalhousie pour la fin de la journée et la soirée, et après la bonne nuit qui s’annonce, nous reprendrons la route avec des souvenirs plein la tête et une certaine fierté !

BUDJET DÉPENSÉ — 31,67 € sur un budget prévu de 60 €.

Levé du soleil au sommet de Adam’s Peak

Levé du soleil au sommet de Adam’s Peak

Vue sur la vallée et son lac

Vue sur la vallée et son lac

Début de la descente

Début de la descente

Petite pause avant de repartir

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La partie la moins difficile

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On ressent la souffrance sur le visage des gens

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Les dernières marches avant la délivrance

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Balade verdoyante dans les champs d’arbres à thé

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